« Combien de PME utilisent l’IA ? » La question revient dans chaque comité de direction, souvent avec un chiffre lu quelque part et impossible à retrouver. Il existe en France trois sources publiques et régulières sur le sujet : l’enquête TIC de l’Insee, le baromètre France Num de la Direction générale des entreprises, et les enquêtes de Bpifrance Le Lab auprès des dirigeants. Leurs résultats ne se contredisent pas : ils ne mesurent pas la même chose. Tous les chiffres ci-dessous ont été relus sur la publication d’origine le 30 octobre 2026.
Trois enquêtes, trois champs différents
| Source | Champ | Résultat principal |
|---|---|---|
| Insee Première n° 2120 (21 juillet 2026), enquête TIC entreprises 2025 | Entreprises de 10 salariés ou plus des secteurs principalement marchands, hors agriculture, finance et assurance ; échantillon de 11 000 entreprises | 18 % utilisent au moins une technologie d’IA en 2025, soit 8 points de plus qu’en 2024 (20 % dans l’Union européenne) |
| Baromètre France Num 2026 (DGE, communiqué du 28 septembre 2026) | TPE et PME, plus de 9 000 entreprises interrogées, TPE sans salarié comprises | 40 % des TPE-PME utilisent des solutions d’IA (+14 points en un an), 53 % chez les PME |
| Bpifrance Le Lab, « L’IA dans les PME et ETI françaises : une révolution tranquille » (2025) | 1 209 dirigeants de PME et ETI interrogés du 15 octobre au 16 décembre 2024, TPE de moins de 10 salariés exclues | Un tiers des PME et ETI ont adopté l’IA ; 57 % n’ont pas de stratégie IA |
L’écart entre 18 % et 53 % tient d’abord à la définition. L’Insee demande si l’entreprise utilise des technologies d’IA identifiées (analyse de texte, génération de contenu, apprentissage automatique, reconnaissance d’images…), selon une méthode harmonisée avec Eurostat. Le baromètre France Num interroge sur l’usage de « solutions d’IA », où un salarié qui se sert d’un assistant conversationnel gratuit suffit à classer l’entreprise parmi les utilisatrices. Les dates comptent aussi : l’enquête Insee porte sur 2025, le baromètre France Num sur 2026, et l’enquête Bpifrance a été menée fin 2024. Dans un domaine qui double d’une année sur l’autre, un an d’écart change tout.
Règle pratique : citez toujours un chiffre avec sa source, son année et son champ. « 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus en 2025 (Insee) » est vérifiable ; « une PME sur deux utilise l’IA » ne l’est pas.
L’usage selon la taille de l’entreprise
La taille reste le facteur le plus discriminant. Selon l’Insee, en 2025, le taux d’usage est de :
- 15 % pour les entreprises de 10 à 49 salariés ;
- 31 % pour celles de 50 à 249 salariés ;
- 58 % pour celles de 250 salariés ou plus.
L’Insee note que l’usage a triplé entre 2023 et 2025 dans les entreprises de moins de 250 salariés, mais que l’écart avec les grandes entreprises s’est creusé, passant de 16 à 43 points. Face à la moyenne européenne, la France est en avance de 3 points chez les 250 salariés ou plus (58 % contre 55 %) et en retard de 2 points chez les 10 à 49 salariés (15 % contre 17 %). Autrement dit, le retard français est un retard des petites structures.
Le baromètre France Num confirme l’écart de taille sur son propre champ : 53 % des PME utilisent une solution d’IA, contre 40 % pour l’ensemble TPE et PME, ce qui signifie que les TPE sont nettement en dessous. L’enquête Bpifrance ajoute un élément qualitatif : dans 73 % des PME et ETI, c’est le dirigeant lui-même qui porte la transformation, et le déploiement de l’IA générative dans l’entreprise est fortement corrélé à son usage personnel par le dirigeant.
L’usage selon le secteur
Les écarts sectoriels de l’enquête Insee 2025 sont nets :
| Secteur (entreprises de 10 salariés ou plus) | Taux d’usage de l’IA en 2025 |
|---|---|
| Information et communication | 59 % |
| Activités spécialisées, scientifiques et techniques | 33 % |
| Activités immobilières | 26 % |
| Services administratifs et de soutien ; énergie, eau, déchets | 19 % |
| Industrie manufacturière | 17 % |
| Commerce | 13 % |
| Hébergement et restauration | 12 % |
| Construction | 10 % |
| Transports et entreposage | 9 % |
La dynamique est plus intéressante que le classement : selon l’Insee, la part d’entreprises utilisatrices a triplé en un an dans la construction et plus que doublé dans l’industrie manufacturière et l’hébergement-restauration. Les secteurs en retard sont ceux qui rattrapent le plus vite. Pour des exemples concrets dans ces métiers, voir nos guides IA pour les artisans du BTP et exemples d’entreprises françaises qui utilisent l’IA.
Ce que les PME font vraiment avec l’IA
Le baromètre France Num 2026 détaille les usages des TPE et PME :
- 34 % génèrent du texte, de la voix ou des images (+12 points en un an) ;
- 24 % utilisent des chatbots, assistants ou outils de recherche d’informations (+10 points) ;
- 13 % analysent ou classent des documents (+7 points) ;
- 11 % automatisent des tâches (+6 points).
Seules 19 % des TPE-PME utilisent une solution payante, 32 % chez les PME. Parmi les entreprises utilisatrices, 68 % jugent l’impact de l’IA positif sur leur activité, et 85 % chez celles qui paient un outil. Ce dernier écart ne prouve pas que payer rend l’IA utile : il est probable que les entreprises qui paient sont aussi celles qui ont choisi un usage précis. Mais il montre que l’usage structuré, avec un outil choisi, est mieux jugé que l’usage spontané.
Côté Insee, parmi les entreprises utilisatrices de 10 salariés ou plus, 73 % déclarent utiliser l’IA pour optimiser les coûts (gain de temps, automatisation de tâches répétitives), 64 % pour améliorer la qualité et la fiabilité des processus et 56 % pour réaliser des travaux complexes. 80 % achètent des logiciels prêts à l’emploi plutôt que de développer. L’enquête Bpifrance va dans le même sens : 94 % des dirigeants utilisateurs citent l’optimisation de l’existant, et la moitié des PME et ETI qui ont adopté l’IA le font avec des solutions gratuites ou prêtes à l’emploi.
Enfin, un chiffre qui relativise l’enthousiasme : dans le baromètre France Num, l’IA arrive en dernière position des priorités numériques pour 2026-2027, citée par 18 % des entreprises, derrière la facturation électronique (39 %), l’achat de logiciels (26 %) et la formation (21 %).
Les freins déclarés
L’Insee a demandé aux entreprises de 10 salariés ou plus qui n’utilisent pas l’IA pourquoi. Réponses en 2025 :
| Raison citée | Ensemble | 10 à 49 salariés |
|---|---|---|
| Pas d’utilité pour l’entreprise | 71 % | 71 % |
| Manque d’expertise | 54 % | 53 % |
| Incompatibilité avec les équipements existants | 38 % | 38 % |
| Inquiétudes sur la protection des données | 38 % | 37 % |
| Manque de clarté juridique | 38 % | 36 % |
| Coûts trop élevés | 32 % | 31 % |
Les entreprises qui utilisent déjà l’IA citent les mêmes obstacles dans leurs usages : 53 % le manque d’expertise, 43 % la protection des données, 42 % le manque de clarté juridique et 33 % les coûts. L’enquête Bpifrance ajoute deux constats : 53 % des dirigeants n’ont pas pris position sur l’usage des IA en libre accès par leurs équipes, et 43 % des PME et ETI n’analysent pas leurs données pour piloter l’activité.
Le « pas d’utilité » des plus petites entreprises mérite d’être lu avec prudence : il peut signifier qu’aucun usage n’a été cherché. Les cas d’usage les plus répandus (rédaction, synthèse, réponses aux clients, devis) existent dans presque toutes les activités ; notre guide des cas d’usage de l’IA par métier en donne quinze.
Ce qu’un dirigeant de PME peut en tirer
- Partir de l’usage réel : vu les taux du baromètre France Num, il est probable qu’une partie de vos salariés utilise déjà un assistant d’IA, souvent gratuit. Faites un inventaire simple avant toute décision (outil, tâche, données concernées) ; c’est le sujet de notre guide sur le shadow IA.
- Traiter le premier frein, l’expertise : c’est l’obstacle le plus cité par les utilisateurs comme par les non-utilisateurs. Un socle commun pour toute l’équipe, puis une formation par service sur ses propres tâches, répond plus directement à ce frein qu’un nouvel abonnement.
- Prendre position sur les outils en libre accès : une charte d’une page (outils autorisés, données interdites, relecture obligatoire) suffit à sortir des 53 % de dirigeants qui ne se sont pas prononcés.
- Choisir deux usages mesurables : un usage de production (devis, comptes rendus, réponses types) et un usage d’analyse (synthèse de documents, retours clients). Mesurez le temps avant et après sur quelques semaines.
- Documenter la démarche : l’article 4 de l’AI Act demande aux entreprises qui utilisent des systèmes d’IA de prendre des mesures pour favoriser la maîtrise de l’IA de leur personnel. Qui a été formé, sur quoi et quand : c’est la trace à garder.
Pour la méthode complète, étape par étape, voir notre guide IA en entreprise : par où commencer.
