Les exemples d’entreprises « qui utilisent l’IA » cités dans la presse sont souvent des grands groupes, avec des équipes techniques et des budgets sans rapport avec ceux d’une PME. Ils renseignent mal un dirigeant de vingt personnes. Les exemples ci-dessous concernent des entreprises de 5 à 200 personnes, dans des métiers où l’on n’attend pas forcément l’IA. Pour situer ces cas dans les chiffres nationaux, voir notre guide l’IA dans les PME : les chiffres.
D’où viennent ces exemples
Chaque exemple résume un témoignage publié sur francenum.gouv.fr, relu le 30 octobre 2026. Les chiffres (effectif, coût, temps gagné) sont ceux que les entreprises ont déclarés à France Num : ce sont des estimations des dirigeants, pas des mesures indépendantes. Nous n’avons ni travaillé avec ces entreprises ni testé leurs outils ; nous reprenons ce qui est publié, avec le lien vers chaque page.
Sept entreprises, sept usages
1. Jeannolin, couverture et charpente en Savoie : les devis
Entreprise artisanale créée en 1999, cinq personnes dont trois salariés. La codirigeante, qui gère seule l’administratif et le commercial, a découvert des outils intégrant l’IA lors d’un programme d’innovation de la Capeb. L’entreprise a changé de logiciel de devis pour une solution qui rédige, quantifie, envoie et fait signer les devis électroniquement, et utilise un second outil pour analyser les cahiers des clauses techniques et préparer une première version de réponse aux appels d’offres. Règle affichée : chaque devis est vérifié par un humain, prix, quantités et choix techniques compris. Gain estimé par l’entreprise : une heure à une heure trente par jour. Lire le témoignage.
2. Le Feugerolles, restaurant dans la Loire : la visibilité en ligne
Restaurant traditionnel du Chambon-Feugerolles, cinq personnes, clientèle surtout d’entreprises locales. Son dirigeant, Benjamin Sarnain, utilise les fonctions d’IA de sa plateforme de communication pour rédiger les textes du site, préparer les publications sur les réseaux sociaux et répondre aux avis Google, en adaptant chaque texte avant publication. Coût déclaré : 45 € HT par mois. Le site a reçu plus de 6 000 visiteurs uniques et 132 demandes de contact depuis sa mise en ligne, sans que le dirigeant puisse attribuer chaque client au site. Sa réserve : une communication trop standardisée ferait perdre l’authenticité d’un restaurant de proximité. Lire le témoignage.
3. Rouergue Saveurs, boucherie et halle gourmande à Rodez : marges et organisation
Entreprise créée en 2011, 25 salariés et 5 apprentis, environ 4,2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Le dirigeant a commencé par le cœur du métier, pas par la communication : élaboration des menus, recettes, coûts de revient et analyse des marges avec ChatGPT, puis e-mails, réseaux sociaux, organisation des tâches et simulations économiques. Outils déclarés : ChatGPT, Sora, Canva et Perplexity, pour environ 25 € par mois. Un audit mené avec l’OPCO EP a montré que l’IA ne peut pas être pleinement efficace tant que les commandes et les données circulent mal : la digitalisation des processus est devenue la priorité. Frein principal selon le dirigeant : le temps pour apprendre et tester, pas le coût. Lire le témoignage.
4. Ad Vitam, pompes funèbres à distance, Paris : la continuité des dossiers
Entreprise de 5 à 10 collaborateurs, sans agence physique, qui coordonne à distance hôpitaux, mairies, cimetières et crématoriums. L’IA y est intégrée dans les logiciels maison, sans nouvelle application pour les équipes : transcription des appels, résumés ajoutés aux dossiers, extraction de données de documents hétérogènes, aide à la rédaction des messages de condoléances, repérage des aides financières mobilisables par les familles. Chaque résultat est contrôlé par un collaborateur. Bénéfice principal cité : un conseiller reprend en quelques minutes le dossier d’un collègue absent grâce aux résumés d’appels. Difficulté : certaines solutions développées deux ans plus tôt ont déjà dû être refaites. Lire le témoignage.
5. BO&MIE, chaîne de boulangeries artisanales : la structuration d’une franchise
Enseigne créée en 2017 à Paris, environ 200 collaborateurs et 15 points de vente dans plusieurs pays. Pas de feuille de route détaillée au départ : une série de micro-projets nés d’un besoin concret (réponses aux avis, commandes fournisseurs, prévision de production, traduction). Outils cités : ChatGPT et Gemini pour les fiches produits, les visuels, la traduction, les recettes et les calculs de marge, ainsi que des plateformes qui créent des applications internes à partir d’instructions en langage naturel. L’IA sert surtout à formaliser procédures et manuels pour les franchisés. L’entreprise cite aussi un échec : des essais liés à son ERP qui n’ont pas encore donné les résultats attendus, et le besoin de validation humaine sur les sujets juridiques et contractuels. Lire le témoignage.
6. Les Aventuriers du Biscuit, biscuiterie à Sèvres : les maquettes clients
Biscuiterie artisanale de sept collaborateurs, spécialisée dans les biscuits personnalisés pour les entreprises et les événements, lauréate des Trophées CPME « Réussir avec le numérique » 2023. Sa fondatrice, Marion Pintaux, génère des maquettes réalistes intégrant le logo et les couleurs du client en quelques minutes, sans fabriquer de prototype, et explore de nouvelles collections et des décors de stand. Méthode : fournir la charte graphique, préciser couleurs et style, tester plusieurs propositions et choisir avec l’équipe. Coût déclaré : quelques centaines d’euros par an d’abonnements. Chaque visuel est relu et adapté avant d’être montré au client. Lire le témoignage.
7. Alarme Secur’Landes, sécurité électronique dans les Landes : le référencement local
TPE d’alarmes, de vidéosurveillance et de contrôle d’accès. Avec un prestataire spécialisé, la dirigeante a refondu le site et utilise des outils d’IA pour repérer les sujets recherchés localement, structurer les contenus et l’assister dans la rédaction. Elle consacre environ une demi-journée par mois à préparer quatre articles, chacun relu et enrichi de photos de réalisations et de conseils de terrain. Coût déclaré : 428 € HT par mois, hébergement, outils et accompagnement compris. Lire le témoignage.
Le tableau récapitulatif
| Entreprise | Taille déclarée | Usage principal | Coût déclaré |
|---|---|---|---|
| Jeannolin (Savoie) | 5 personnes | Devis, réponses aux appels d’offres | Abonnements mensuels sans engagement |
| Le Feugerolles (Loire) | 5 personnes | Site, réseaux sociaux, avis clients | 45 € HT par mois |
| Rouergue Saveurs (Rodez) | 25 salariés et 5 apprentis | Menus, marges, organisation | Environ 25 € par mois |
| Ad Vitam (Paris) | 5 à 10 collaborateurs | Résumés d’appels, extraction de documents | Développement interne |
| BO&MIE | Environ 200 collaborateurs | Procédures de franchise, contenus, applications internes | Quelques abonnements grand public |
| Les Aventuriers du Biscuit (Sèvres) | 7 collaborateurs | Maquettes clients, création visuelle | Quelques centaines d’euros par an |
| Alarme Secur’Landes | TPE | Contenus pour le référencement local | 428 € HT par mois avec prestataire |
Ce que ces exemples ont en commun
- Un besoin précis au départ : un devis trop long, des avis sans réponse, un dossier impossible à reprendre. Aucune de ces entreprises n’a commencé par « faire de l’IA ».
- Une relecture humaine systématique : devis, visuels, articles, résumés d’appels, tout est contrôlé avant usage. Plusieurs témoignages insistent sur les erreurs possibles des outils, notamment sur les sujets juridiques et contractuels.
- Des coûts directs faibles, un coût réel en temps : le budget se compte en dizaines ou centaines d’euros par mois ; l’investissement principal, selon plusieurs dirigeants, est le temps pour apprendre, tester et ajuster.
- Des données et des outils en ordre : Rouergue Saveurs a découvert qu’il fallait d’abord numériser la circulation des commandes ; Ad Vitam a intégré l’IA dans les logiciels déjà utilisés. L’IA amplifie l’organisation existante, bonne ou mauvaise.
- Un porteur identifié : dans chaque cas, un dirigeant ou une codirigeante a pris le sujet en main. C’est cohérent avec l’enquête Bpifrance Le Lab, où le dirigeant porte la transformation dans 73 % des PME et ETI.
Reproduire un exemple dans votre entreprise
- Choisir l’exemple le plus proche de votre tâche, pas de votre secteur : un cabinet de conseil apprendra plus du cas Ad Vitam (reprise de dossiers) que d’un autre cabinet qui fait de la veille.
- Écrire la règle de relecture avant de commencer : qui vérifie quoi, avant quel envoi. Notre guide sur la validation humaine de l’IA explique où placer ce contrôle.
- Vérifier les données concernées : un devis contient des données clients, un résumé d’appel des données personnelles. Outil professionnel, compte de l’entreprise, pas de compte personnel ; voir IA et RGPD.
- Tester sur des cas passés pendant deux ou trois semaines, en mesurant le temps réellement passé.
- Former les personnes qui feront le travail, sur leurs propres documents. Dans ces témoignages, les dirigeants ont souvent appris seuls ; dans une équipe, c’est ce qui évite que l’usage reste celui d’une seule personne.
Pour la démarche complète, de l’inventaire des usages à la charte, voir IA en entreprise : par où commencer, et pour une liste plus large d’idées par fonction, nos cas d’usage de l’IA par métier.
